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Front commun pour favoriser l’essor de l’apprentissage

, par christophe

Elever le niveau de formation des apprentis et mobiliser les lycées professionnels pour développer l’apprentissage. C’est ce que plaident Terra Nova et l’Institut Montaigne dans un rapport commun.

Terra Nova et l’Institut Montaigne ont souvent des points de vue divergents. Mais les deux think tanks publient mercredi une note en faveur du développement de l’apprentissage. Car même si tout le monde semble d’accord sur les bienfaits de ce mode de formation, cela fait trente ans qu’il ne décolle pas. Ce travail est signé par Jean-Pierre Boisivon, ex-directeur de l’Essec, et Henri Lachmann, président de Schneider Electric.

« Il faut arrêter l’incantation et le mensonge ; on ne peut parler sans cesse d’apprentissage sans rien faire », insiste ce dernier. Les auteurs reprennent la comparaison avec l’Allemagne qui avait été établie par le rapport Martinot en mai 2015.

En France, 25 % des jeunes sont au chômage, contre 7 % outre-Rhin.

« Plus de la moitié de la différence s’explique par la place de l’apprentissage dans le système de formation de nos voisins (16,8 % des jeunes de 15 à 24 ans en Allemagne contre 6,2 % en France) », soulignent-ils. A formation et diplôme équivalents, mieux vaut avoir été apprenti : les chances d’insertion dans la vie professionnelle sont de 10 à 15 points supérieures. Mais les employeurs ne trouvent pas toujours leur bonheur parmi les postulants : « On ne peut pas prendre en apprentissage des gosses qui ne savent ni lire ni écrire », s’exclame Henri Lachmann.

Les entreprises privilégient l’apprentissage post-bac, donc des profils qui ont la plupart du temps suivi un enseignement général au lycée, mais n’en trouvent pas. Car la proportion de jeunes orientés vers la formation professionnelle dès le collège est élevée, à 22 %, contre 15 % en Allemagne. Les Français entrent dans l’apprentissage tôt, à 18,7 ans en moyenne, contre 20 ans outre-Rhin. Les auteurs proposent donc de créer un « sas », non géré par l’école, afin de leur permettre d’acquérir ces savoirs minimum avant d’entrer dans l’enseignement professionnel.

Par ailleurs, l’apprentissage repose trop sur les CFA faute d’implication des lycées professionnels, selon le rapport. Certes, le gouvernement compte passer de 40.000 à 60.000 apprentis dans ces lycées, soit 10 % des élèves. Un manque d’ambition pour Henri Lachmann : « Pour faire passer le nombre d’apprentis de 400.000 à 800.000, voire 1 million, il faut systématiser l’apprentissage dans les lycées professionnels », professe-t-il. Le bac pro, rappelle-t-il, est moins efficace pour trouver un emploi que l’apprentissage. Ensuite, il faudra permettre aux apprentis de poursuivre une formation jusqu’au doctorat. Car les 175.000 jeunes qui ont obtenu un bac pro en 2015, soit 20 % d’une classe d’âge, savent qu’ «  il n’y a plus de promotion sociale par l’école pour eux  ». Pour mener cette réforme, selon le rapport, il faudrait instaurer une gestion paritaire des lycées professionnels, par les régions et les entreprises, et revoir les conditions de travail des enseignants, notamment leur rémunération.

Solveig Godeluck, Les Echos
@Solwii

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