Antenne de l’UTT à Nogent : pourquoi les entreprises de la Haute-Marne recrutent-elles des apprentis ?

, par christophe

Nogent, en Haute-Marne, cité qui a connu la gloire industrielle grâce à la coutellerie, bénéficie d’un écosystème industriel qui est devenu une référence internationale dans le domaine du travail des métaux, en particulier de la prothèse médicale, de l’automobile et de l’aéronautique.

Antenne de l’UTT à Nogent : pourquoi les entreprises de la Haute-Marne recrutent-elles des apprentis ?

Photo : Étudiants de l’UTT
crédits : Studio Lemoine

article de Karine Darmon
Studyrama Grandes Ecoles : 11/07/2016

Photo : Les Forges de Courcelles
crédits : Éric Girardot

Médical, automobile, aéronautique, outillage à main : un riche bassin d’emplois
« La métallurgie est fortement ancrée sur notre territoire, et depuis fort longtemps. Nogent a d’abord été « reine de la coutellerie » à son apogée, fin 19e début 20e
Mais la concurrence étrangère – asiatique déjà – liée à la standardisation des produits, un individualisme forcené, l’absence de vision d’avenir semblaient nous condamner irrémédiablement à ne garder que quelques productions haut de gamme
 », explique Anne-Marie Nédelec, maire de Nogent, en 2016. « Mais sous l’impulsion de quelques entrepreneurs audacieux et visionnaires, ce territoire va connaître une véritable révolution. Ces chefs d’entreprises issus des secteurs traditionnels du bassin vont s’orienter vers des créneaux beaucoup plus porteurs et beaucoup plus innovants en s’appuyant sur l’excellence des savoir faire associés à la coutellerie – et plus largement aux objets tranchants – et à la forge : le médical et l’automobile surtout, mais aussi l’aéronautique, l’outillage à main. Aujourd’hui ils sont leaders dans leur domaine, au niveau européen pour certains, mondial pour d’autres ».

L’antenne de l’UTT à Nogent

Dans ce contexte, l’UTT y a implanté une antenne et y abrite deux formations : des ingénieurs et une licence professionnelle dans le domaine des matériaux et mécanique. Ces deux formations sont dispensées en alternance, grâce à l’engagement des entreprises régionales et nationales. Cette antenne de l’UTT compte également le laboratoire NICCI (Nogent International Center for CVD Innovation) reconnu « Laboratoire de recherche correspondant » du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives sur la thématique de l’ingénierie des surfaces, fruit du partenariat UTT-CEA.
L’implantation d’une antenne de l’UTT à Nogent répondait à un double objectif : répondre à une forte demande de cadres de l’industrie dans les domaines de la mécanique et des matériaux et répondre au souhait de rapprochement entre ces entreprises et la recherche technologique menée dans l’établissement.
L’antenne de Nogent de l’UTT a diplômé 37 ingénieurs sur ses deux premières promotions 2014 et 2015, dont 50 % ont été embauchés par l’entreprise les ayant formés en apprentissage. 8 sont en CDI dans une entreprise régionale. 100 étudiants y sont actuellement en formation en alternance, dont 10 en licence professionnelle.

Doubler le nombre de place en apprentissage

De nombreuses entreprises sont partenaires de l’antenne de Nogent et accueillent les étudiants en alternance : Forges de Bologne (groupe LISI), Marle, Forges de Courcelles, Deguy-Conge, Freudenberg, Biotech Ortho, Forges de Froncles, Maire-Didier, Gillet Group, Forgex, etc. « Nous souhaitons passer de 30 étudiants par promotion à 50 à l’horizon 2017. La présence des apprentis dynamise les relations école-entreprises. Cela impacte sur la recherche et les autres programmes », commente en 2016 Pierre Kock, président de l’UTT.
Car à l’heure où les ressources de l’apprentisage vont davantage vers les niveaux IV et V, en Haute-Marne, les collectivités du territoriales s’impliquent pour favoriser le développement des formations ingénieurs. Ainsi, le nombre de places financées au titre de l’apprentissage pour les élèves-ingénieurs mécanique et matériaux pourrait doubler. À terme, l’antenne de Nogent formerait ainsi quelque 170 alternants : 150 apprenti-ingénieurs et 20 licences professionnelles.

Apprentis mais ingénieurs tout de même

Ces apprenti-ingénieurs entament un cycle de 3 ans dont les deux premières années se déroulent à Nogent, les enseignements de la dernière année étant dispensés à Troyes ou à l’étranger pour environ 40 % d’entre eux. Ce stage hors de nos frontières obligatoire doit être effectué entre janvier et mars de la deuxième année. L’expérience des trois premières promotions montre combien cette expérience internationale joue favorablement sur l’évolution des élèves-ingénieurs. En effet, ils doivent souvent trouver ce stage en toute autonomie et gérer notamment les aspects budgétaires et organisationnels Ceux qui partent dans un pays de la communauté européenne bénéficient d’une bourse Erasmus, les autres reçoivent une bourse équivalente de l’UTT. « Pourtant, 50 % de nos diplômés restent sur le bassin ou dans la région. La Haute-Marne est un région qui connaît peu de chômage et où les besoins de recrutement sont élevés. Je crois qu’il y a peu de bourgs de notre taille présentant une telle densité industrielle, avec des entreprises de rang international, accueillant une antenne universitaire et des laboratoires de recherche. Nos entreprises ont besoin d’une main d’oeuvre qualifiée et dynamique pour continuer à croître et à gagner des marchés ; de nombreux emplois ici ne sont pas pourvus. Il y a encore un énorme travail à entreprendre pour changer le regard sur l’industrie, convaincre les jeunes mais aussi leurs parents et leurs enseignants », poursuit Anne-Marie Nédelec.

Les projets d’ouverture à la rentrée 2016

L’Université de technologie de Troyes (UTT) a été créée en 1994. Son site principal est situé à Troyes. Il accueille 2 500 étudiants, auxquels se rajoutent les 100 étudiants de l’antenne de Nogent. L’UTT forme des ingénieurs, sur cinq branches à Troyes (mécanique, matériaux, systèmes industriels, systèmes d’information et réseaux) et par alternance à Nogent (matériaux et mécanique).

Lors de la visite, en février 2016, de Annegret Kramp-Karrenbauer, Ministre-Présidente du Land de Sarre, de nombreuses possibilités concrètes de coopération entre l’antenne nogentaise de l’UTT et la Sarre ont été évoquées, ce qui conduit l’UTT à envisager la création d’un double diplôme franco-allemand.

Karine Darmon

Photo : Les Forges de Courcelles

sources :
http://www.studyramagrandesecoles.com/home_news.php?Id=12523

L’ANR est l’Agence nationale de la recherche