Start-up made in Haute-Marne Le territoire de Chaumont-Nogent a été identifié comme très dynamique, favorable aux start-up spécialisées dans les dispositifs médicaux.

A Saint-Dizier, à Nogent, à Chaumont, en Haute-Marne, des pépinières d’entreprises favorisent la création et le développement d’activités innovantes. Petit tour d’horizon de ces lieux d’éclosion.


Dans l’imaginaire collectif, la start-up, c’est cette jeune société créée par une poignée de copains travaillant nuit et jour dans un bureau, une main sur la souris, l’autre sur une part de pizza, à proximité d’un baby-foot. Apple, Google ou Facebook côté américain, Free, Dailymotion ou Deezer côté français viennent immédiatement à l’esprit quand le mot « start-up » est lancé. Toutes celles-là sont des firmes tournées vers les nouvelles technologies. Mais le concept va bien au-delà.

La start-up, « c’est une entreprise innovante, technologique ou non, qui a un potentiel de croissance important », explique Christophe Juppin, chargé de développement innovation de la CCI Haute-Marne.

Parfaite illustration de cette définition : le projet d’Alexandre Jeanson. Lauréat de l’édition 2017 du concours bragard « La start-up est dans le pré », le jeune entrepreneur basé à Avrainville s’est orienté vers la livraison à domicile de produits locaux. Et il a réalisé en six mois l’objectif de chiffre d’affaires qu’il s’était fixé ! En ce sens, « La Charette champenoise », qui vient encore d’être distinguée à l’échette régionale (Le Journal de la Haute-Marne du 25 novembre 2017) ; est une start-up. Comme l’ont été 3A à Nogent ou Aérosolutions à Saint-Dizier.

La start-up d’Alexandre Jeanson a été doublement récompensée. (Photo N.F.)

Dans le département, des élus, des chefs d’entreprise ont compris qu’en cette période où internet permet d’abolir les frontières, où les loyers pratiqués dans les grandes métropoles peuvent être un frein à la création d’une société, il était possible dréer ici sa start-up. Certes, toutes ne prétendront pas à l’incroyable valorisation d’une entreprise voisine, membre du clusteur Nogentech, l’Auboise LDR Médical, « créee en 2000 avec 8 000 € au départ, rachetée par l’Américain Zimmer Biomet pour un millions de dollars* », explique Christophe Juppin. Mais tous ces porteurs de projet, qu’ils choisissent Saint-Dizier, Nogent ou Chaumont pour éclore, ont pour point commun d’être convaincus du potentiel de développement d’une activité qui ne demande qu’à être accompagnée. Et les exemples ne manquent pas.

* Une "Licorne", dans le jargon économique.

A Nogent, un terreau très favorable.

Bastion international du bio-médical, Nogent accueille, dans sa pépinière d’entreprises, de belles activités prometteuses.

Christophe Juppin est chargé de développement innovation à Nogent. (photo : Lionel Fontaine)

Des locaux flambant neufs, à quelques pas d’une école d’ingénieurs (Antenne de l’UTT) et d’un Centre régional d’innovation et de transfert de technologie (Critt MDTS) à la pointe. Une situation dans un bassin essentiellement tourné vers une industrie d’excellence (le bio-Tech), intégré le 25 juillet 2016 dans le réseau thématique « Health Tech » de la French Tech. Bref, la pépinière d’entreprises de Nogent dispose d’un terreau idéal pour faire pousser de belles sociétés.

Pas moins de huit modules articulés autours de deux bureaux et d’un atelier permettant l’accueil de start-up au Pôle technologique Sud-Champagne. Au rang des réussites, Christophe Juppin, animateur des lieux, cite 3A, « exemple type de la start-up ». Mais il y a aussi, sur la zone industrielle, Biocetis, entreprise experte dans les produits à base de phosphate de calcium. Son créateur est originaire du Pas-de Calais, et s’il s’est installé dans cette région haut-marnaise,« c’est parce que le territoire de Nogent a été identifié comme très dynamique, favorable aux start-up spécialisées dans les dispositifs médicaux », souligne le chargé de développement innovation.

L’union fait la force

Indubitablement, le fait que le bassin de Nogent-Chaumont soit un des vingt-quatre territoires français intégrés dans le réseau "Health Tech" du label French Tech contribue davantage au rayonnement du secteur. Lequel est déjà bien renommé, puisque, rappelle Christophe Juppin, « une prothèse sur trois vendues dans le monde est fabriquée sur Chaumont et Nogent  ».

Cette reconnaissance nationale, le territoire le doit au dynamisme de "Nogentech", ce cluster - littéralement : regroupement d’entreprises - dont le département "Prosthesis valley" a compris que l’époque où chaque entreprise restait soigneusement confinée dans son coin était révolue, que l’union fait la force, surtout dans une région éloignée des grandes métropoles. Pour les start-up (quatre sont identifiées par Christophe Juppin, sur les 30 entreprises adhérentes du département "Prosthesis valley") qui ont fait le choix de naître en Haute-Marne, ce partage d’expérience est un privilège appréciable.

Chaumont : de bonnes fondations à consolider

Chaumont souhaite rattraper ce qui se fait déjà à Saint Dizier et Nogent. En 2015, l’offre de la pépinière d’entreprises de Plein’Est avait été revue et diversifiée pour « s’adapter aux réalités du marché », commente Stéphane Minon, en charge du développement économique de l’Agglo.

Les loyers des bureaux avaient été fortement revus à la baisse et un dispositif "hôtel d’entreprises" permet aux entrepreneurs de dépasser le délai de 23 mois maximum de la pépinière pour prolonger leur séjour dans le bâtiment jaune et bois. « Nos locaux peuvent servir à l’incubation. Les créateurs d’entreprise disposent d’un endroit pour travailler sur leur projet. Nous avons pour cela une convention de partenariat avec BGE*, qui les accompagne. En fonction de ce qu’ils veulent faire, les porteurs de projet sont orientés vers la CCI ou vers la chambre des métiers », indique Stéphane Minon.

Pour les start-up, la pépinière propose aussi un contrat de domiciliation permettant d’avoir une boîte aux lettres et de bénéficier des services des chambres consulaires ou de la BGE, en fonction de leur statut. Mais de l’aveu même de Stéphane Minon, ce n’est pas suffisant. L’offre existe, certes, mais demande à être structurée. Dous l’égide de Pascal Babouot, vice-président de l’Agglo en charge du développement économique, ses services y travaillent actuellement.

L’idée serait de développer la partenariat déjà existant avec les chambres consulaires pour « faciliter le parcours du créateur d’entreprise », en ciblant un large public, allant des étudiants jusqu’au porteur de projet plus abouti, en passant par le public en insertion professionnelle et les personnes en situation de handicap. « La réflexion est lancée au niveau de la Grande Agglo, entre Chaumont et Nogent pour mettre au point un véritable incubateur de projets, avec un animateur de communauté entrepreneuriale chargé de développer la mise en réseau, les partenariats, l’accompagnement. Cela nécessite la création d’un poste », détaille Stéphane Minon, évoquant beaucoup de choses à faire avec les étudiants, dont certains sont de véritables entrepreneurs porteurs de projets innovants. En résumé, toutes les ressources sont là, y compris un réseau déjà solide favorisé par la petite taille du territoire, et surtout un potentiel. Ne reste plus qu’à le structurer « à l’image de ce qui se fait à Saint-Dizier », avec qui il existe déjà beaucoup d’échanges. Pour cela, élus et techniciens estiment qu’il y a « du lien à créer » autour des filières fortes du secteur : le bois, le design graphique et la métallurgie.

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Stéphane Minon supervise la pépinière de Plein’Est.

L’idée - s’inspirant du modèle bragard - étant de créer à terme un espace de coworking, avec l’implication des chefs d’entreprise locaux. Un lieu à la fois de travail, de rencontre, d’échange et de convivialité qui permettrait aux jeunes créateurs d’entreprise de s’entraider et de rompre l’isolement des débuts. La création de cet espace n’en est encore qu’à ses balbutiements, mais un lieu se dessine déjà dans l’esprit de Stéphane Minon : le Signe. Le centre national du graphisme de Chaumont - qui compte d’ailleurs dans ses missions le développement économique autour du graphisme - semble en effet être le mieux adapté pour accueillir toute cette ébullition. A suivre dans les mois à venir...

* Réseau d’accompagnement à la création d’entreprise.

La pépinière de Plein’Est

A Chaumont, la pépinière d’entreprises affiche quasiment complet avec seize sociétés installées (auxquelles s’ajoutent cinq contrats de domiciliation). « 50% se sont créées ici et 50% existaient déjà avant d’intégrer les locaux », détaille Stéphane Minon, ajoutant qu’il ne reste pour le moment qu’un atelier et deux bureaux disponibles. Exemple de "start-up" récemment installée dans les lieux : la société CNProduction, spécialisée dans la fabrication en petite série de pièces métalliques.

A Saint-Dizier, « donner l’envie d’avoir envie »

Les hôtes de l’Espace créateurs d’entreprises viennent d’horizons géographiques très variés. Le résultat d’une volonté bragarde clairement affichée de favoriser l’épanouissement des start-up.

Dans le milieu des pépinières d’entreprises, Saint-Dizier fait figure de référence, y compris hors des frontières de Champagne-Ardenne. Opération bragarde parmi d’autres destinées à « créer l’événement », le concours « La start-up est dans le pré », qui récompense le lauréat par un an d’hébergement gratuit ou une aide financière, attire des candidats venus de toute le France. « Parmi ceux qui ne sont pas originaires du territoire, 70% n’avaient jamais mis les pieds à Saint-Dizier », indique Anthony Puppo, chargé de mission développement économique à l’Agglo.

C’est ainsi que Shamyr a découvert la cité bragarde. Et qu’il a quitté la région parisienne pour installer, dans l’Espace créateurs d’entreprises, son activité Team 3A de systèmes de simulation de vol. Sans regrets. Plus de longue distance, comme à Paris, entre domicile et lieu de travail. Mais surtout, Il a trouvé ici des personnes dont la conception de l’entrepreneuriat l’a séduit. « Notre état d’esprit, c’est une personne, un projet », expose l’élu bragard Jean-Michel Feuillet, dont le leitmotiv est de « donner l’envie d’avoir envie  ». Dans une ancienne école Jean-Moulin transformée en pépinière en 2013, héberger des porteurs de projets : 29 bureaux (loués chacun 100€ par mois, pour un bail maximum de deux fois deux ans), neuf ateliers, un espace "coworking"*...

« Plus de vigilance »

Anthony Puppo en a conscience : « Une start-up nécessite dix fois plus d’attentions, de vigilance qu’une entreprise normale. Les créateurs sont en général bons techniciens, mais au niveau de la gestion et du commercial, cela peut être plus compliqué. Alors on les aide en les accompagnant. »

Quelle meilleure récompense, dès lors, quand un de ces projets au « potentiel de développement fort » - c’est la définition d’une start-up - quitte les lieux pour voler de ses propres ailes. Et Jean-Michel Feuillet et Anthony Puppo de citer, entre autres ; Hydroelec, Granger, ou Aéro Solutions : « Cette entreprise spécialisée dans les systèmes aéroréfrigérants est arrivée une des premières ici, avec deux ou trois personnes, aujourd’hui ils sont une vingtaine de salariés sur la zone des Trois-Fontaines  ». Une belle source de satisfaction pour l’élu, selon qui la pépinière a un rôle « de levier  »

* Espace de travail partagé

Jeunes et innovants

L’activité est bouillonnante, dans les locaux de la pépinière bragarde. Il y a par exemple, ici, le local d’essai d’Holéum, Start-up dont on dit notamment le plus grand bien du côté de Nogent. Ingénieur de formation, Laurent Albert s’est installé en octobre 2016, concevant des produits destinés à répondre à des interrogations de professionnels. Ainsi, son idée de faire transiter l’huile de moteur d’une machine agricole par des vérins, plutôt que par des flexibles qui peuvent casser et laisser se répandre du liquide sur le sol.

Non loin, Shamyr, originaire du Venezuela, murit son projet de développement des simulateurs de vol « connectés 4.0  ».

Séverine, créatrice de Texpérience.

Depuis le premier étage où elle s’est installée en mai 2017, Séverine gére Texperience, start-up spécialisée dans la fourniture, aux professionnels comme aux particuliers, de thés provenant de divers horizons. Elle qui s’appréte à lancer une "box" compte notamment pour client Alexandre Jeanson, qui n’est pas hébergé par l’Espace créateurs mais y vient régulièrement, « pour obtenir des conseils, pour la présence d’un réseau  ».

Quand à l’espace coworking, il était mardi 28 novembre 2017, oxxupé par Charles et Johann, deux passionnés de tennis qui ont mis au point ADD Court, une application sur smartphone permettant la réservation en ligne de courts de tennis. D’ores et déjà, une quinzaine de clubs utilisent, de Vitry-le-François à Aix-en-Provence, un service fonctionnel depuis plusieurs mois.

Ce sont là quelques exemples témoignant de la diversité des projets portés.

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Originaire du Venezuella, Shamyr a quitté la région parisienne pour développer son activité à Saint-Dizier.

"Le zoom du jeudi", dossier réalisé par Lionel Fontaine et Boris Toulayrou, Publié le jeudi 30 novembre 2017 dans Le Journal de la Haute-Marne

Le 28 novembre 2017 à l’école 42, Mounir Mahjoubi lançait officiellement la consultation en ligne du tour des start ups.

À l’occasion du Tour des Start-ups, Mounir MAHJOUBI, Secrétaire d’État en charge du Numérique, conduit une évaluation, secteur par secteur, des freins et sujets irritants que les start-ups rencontrent dans leur activité. Pour cela, nous avons besoin de vous, avec un mot d’ordre : « on se dit tout ! »
Cette consultation est désormais ouverte jusqu’au 22 décembre 2017 et nous comptons sur vous pour y répondre sur l’ensemble du territoire !

À vos claviers pour remplir le questionnaire :
https://www.tour-des-startups.gouv.fr/pages/participer

Relayez, partagez, faites nous remonter vos observations, les problèmes mentionnés par les start-ups, les pistes de solutions préconisées, …



Pour en savoir plus :

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- La biotech LDR Medical passe sous le contrôle de l’américain Zimmer Biomet en juin 2016
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